mourir


mourir

mourir [ murir ] v. intr. <conjug. : 19>
morir 980; lat. pop. morire, class. mori
I
1Cesser de vivre, d'exister, d'être. 1. mort; décéder, disparaître, s'éteindre, expirer, 1. partir(fig.), passer, périr, succomber, trépasser; fam. calancher, 2. caner, clamser, claquer, crever (cf. Aller ad patres, passer de vie à trépas; descendre dans la tombe; perdre la vie; rendre l'âme, l'esprit, le dernier soupir; être rappelé à Dieu; fam. y rester; avaler son acte [son bulletin] de naissance, sa chique; casser sa pipe; passer l'arme à gauche, dévisser son billard; partir les pieds devant, entre quatre planches). « L'âme n'est pas sujette à mourir avec le corps » (Descartes). Homme qui va mourir, qui est sur le point de mourir. moribond, mourant. « Les vieux ne meurent pas, ils s'endorment un jour et dorment trop longtemps » (Brel). Fermer les yeux à qqn qui vient de mourir. Laisser trois enfants en mourant. Loc. prov. On ne meurt qu'une fois. Faire mourir : exécuter, tuer. La maladie qui l'a fait mourir, qui l'a emporté, enlevé.
(Avec un compl., un attribut, exprimant la cause de la mort) Mourir de faim, d'inanition, de maladie. On n'en meurt pas : ce n'est pas grave. Mourir de vieillesse, de sa belle mort. Mourir assassiné. (Avec un compl., un adv., un attribut, exprimant les circonstances de la mort) Mourir doucement, subitement, de mort violente, dans un accident d'auto. Mourir dans son lit, à l'hôpital. « Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée » (Racine). Mourir jeune, à la fleur de l'âge. Fontenelle est mort centenaire. « Il est mort guéri » (Chamfort). Mourir seul, abandonné. Loc. Mourir comme un chien. finir. Mourir à la peine, en plein travail. Mourir à la tâche, à force de travail. Mourir debout. Il mourra dans la peau d'un ivrogne : il ne se corrigera pas.
(Dans un combat) 1. tomber; périr. Mourir au feu, au champ d'honneur. Mourir en héros. « Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? — Qu'il mourût » (P. Corneille). La garde meurt et ne se rend pas (attribué à Cambronne). Ceux qui vont mourir te saluent (cf. lat. « Morituri te salutant »). « Pour elle [la République] un Français doit mourir » (Chant du départ). Mourir pour ses idées, pour une cause.
(Végétaux) Cesser de vivre (plantes annuelles); perdre sa partie aérienne sans cesser de vivre (plantes vivaces). Allus. évang. Si le grain ne meurt.
2Par exagér. Dépérir. Mourir d'amour. Prov. Partir, c'est mourir un peu. (Dans un serment) Que je meure, si je mens ! « Mon père voudra m'y forcer; plutôt mourir » (Stendhal). J'aimerais mieux mourir que de céder.
Loc. fam. Plus (et adj.), tu meurs ! c'est impossible, cela ne se peut pas. Plus bête que lui, tu meurs ! « Mais ma pauvre amie, plus précoce que Mozart, tu meurs ! » (Desproges).
3Fig. Éprouver une grande affliction. souffrir. « Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends » (Racine). — À MOURIR : au point d'éprouver une souffrance, une grande fatigue. S'ennuyer à mourir. C'était d'une tristesse à mourir. — MOURIR DE : être très affecté par; souffrir de. Mourir de chagrin, de tristesse, de peur, de honte. « Je travaille toujours pour ne pas mourir d'ennui » (Proudhon). Mourir d'envie de. Mourir de faim ( meurt-de-faim) , de soif : avoir très faim, soif. — C'est à mourir de rire.
Relig. MOURIR À : se séparer définitivement de. ⇒ renoncer. « Il est pénible de voir une jeune fille mourir volontairement au monde » (France).
4(Choses) Cesser d'exister, d'être (par une évolution lente, progressive). Civilisation, pays qui meurt. s'anéantir, disparaître. Le feu, la flamme meurt. s'éteindre. Le jour meurt. s'effacer. Vague qui vient mourir sur la plage. « Occupés à regarder mourir à nos pieds les longues houles » (Fromentin). Bruit, son, voix qui meurt. s'affaiblir, diminuer, s'évanouir. Sentiment, amour qui languit et meurt. cesser, s'éteindre, finir.
II ♦ SE MOURIR v. pron. Littér. Être sur le point de mourir. « Madame se meurt, Madame est morte » (Bossuet). Fig. « Au dehors, le soleil se mourait » (Zola). ⊗ CONTR. 1. Vivre; naître. Continuer, durer; renaître.

mourir verbe intransitif (bas latin morire, du latin classique mori) Cesser de vivre ou être sur le point de cesser de vivre : Mourir d'une crise cardiaque. Mourir jeune. Dépérir, perdre ses fonctions vitales : Plante qui meurt faute d'eau. Perdre de sa vigueur, s'affaiblir, s'éteindre doucement : Ne laissez pas mourir le feu. Voix qui meurt. Disparaître ; cesser d'exister : Civilisations, mots qui meurent.mourir (citations) verbe intransitif (bas latin morire, du latin classique mori) Jean Anouilh Bordeaux 1910-Lausanne 1987 Mourir, ce n'est rien. Commence donc par vivre. C'est moins drôle et c'est plus long. Roméo et Jeannette, III, Lucien La Table Ronde Louis Aragon Paris 1897-Paris 1982 Il est plus facile de mourir que d'aimer. C'est pourquoi je me donne le mal de vivre Mon amour… Elsa Gallimard Roger de Rabutin, comte de Bussy, connu sous le nom de Bussy-Rabutin Épiry, Nièvre, 1618-Autun 1693 Académie française, 1665 Il faut bien de la force pour dire en mourant les mêmes choses qu'on dirait en bonne santé. Lettres, à Madame de Sévigné, 6 janvier 1681 José Cabanis Toulouse 1922-Balma, Haute-Garonne 2000 Académie française 1990 On meurt chaque soir. Mais nous sommes des morts qui se souviennent. Des jardins en Espagne Gallimard Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline Courbevoie 1894-Meudon 1961 Il faut choisir, mourir ou mentir. Voyage au bout de la nuit Gallimard Louis Ferdinand Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline Courbevoie 1894-Meudon 1961 Quand on n'a pas d'imagination, mourir c'est peu de chose, quand on en a, mourir c'est trop. Voyage au bout de la nuit Gallimard René Char L'Isle-sur-la-Sorgue, Vaucluse, 1907-Paris 1988 On naît avec les hommes, on meurt inconsolé parmi les dieux. La Parole en archipel Gallimard Pierre Charron Paris 1541-Paris 1603 C'est chose excellente que d'apprendre à mourir, c'est l'étude de la sagesse, qui se résout tout à ce but. De la sagesse François René, vicomte de Chateaubriand Saint-Malo 1768-Paris 1848 On n'apprend pas à mourir en tuant les autres. Mémoires d'outre-tombe André de Chénier Constantinople 1762-Paris 1794 Mourir sans vider mon carquois ! Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange Ces bourreaux barbouilleurs de lois. Iambes André de Chénier Constantinople 1762-Paris 1794 Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui, Je ne veux point mourir encore. La Jeune Captive Édouard Joachim, dit Tristan Corbière domaine de Coat Congar, près de Morlaix, 1845-Morlaix 1875 L'esprit à sec et la tête ivre, Fini, mais ne sachant finir, Il mourut en s'attendant vivre Et vécut s'attendant mourir. Les Amours jaunes Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage ; Meurs ou tue […]. Le Cid, I, 5, Don Diègue Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 Mourir pour le pays est un si digne sort Qu'on briguerait en foule une si belle mort. Horace, II, 3, Horace Commentaire Ces deux vers reprennent et aménagent deux vers du Cid. Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 JULIE — Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? LE VIEIL HORACE — Qu'il mourût ! Ou qu'un beau désespoir alors le secourût. Horace, III, 6 Fernand Crommelynck Paris 1886-Saint-Germain-en-Laye 1970 Il y a plus d'héroïsme à souffrir longtemps qu'à mourir vite. Le Cocu magnifique Gallimard Charles Cros Fabrezan, Aude, 1842-Paris 1888 On meurt d'avoir dormi longtemps Avec les fleurs, avec les femmes. Le Coffret de santal, Lendemain Charles Cros Fabrezan, Aude, 1842-Paris 1888 Je suis un homme mort depuis plusieurs années ; Mes os sont recouverts par les roses fanées. Le Collier de griffes, Fantaisies tragiques Marc Antoine Désaugiers Fréjus 1772-Paris 1827 Quand on est mort, c'est pour longtemps. Chansons Denis Diderot Langres 1713-Paris 1784 Je vois le marbre des tombeaux tomber en poussière, et je ne veux pas mourir ! Salon de 1767 Jean Henri Casimir Fabre Saint-Léon, Aveyron, 1823-Sérignan-du-Comtat 1915 Tout finit afin que tout recommence, tout meurt afin que tout vive. Souvenirs entomologiques Delagrave Jean-Pierre Claris de Florian Sauve, Gard, 1755-Sceaux 1794 Académie française, 1788 Arriver haletant, se coucher, s'endormir ; On appelle cela naître, vivre et mourir. Fables, le Voyage Anatole François Thibault, dit Anatole France Paris 1844-La Béchellerie, Saint-Cyr-sur-Loire, 1924 Académie française, 1896 Mourir, c'est accomplir un acte d'une portée incalculable. Le Jardin d'Épicure Calmann-Lévy Robert Garnier La Ferté-Bernard 1545 ?-Le Mans 1590 Toute chose naît pour périr, Et tout ce qui périt retourne Pour une autre fois refleurir. Cornélie Robert Garnier La Ferté-Bernard 1545 ?-Le Mans 1590 Qui meurt pour le pays vit éternellement. Porcie Eugène Guillevic Carnac 1907-Paris 1997 Mais mourir, Ce peut être une grande fatigue Un soir, Et un aveu. Terraqué Gallimard Edmond Haraucourt Bourmont, Haute-Marne, 1856-Paris 1941 Partir, c'est mourir un peu ; C'est mourir à ce qu'on aime. On laisse un peu de soi-même En toute heure et dans tout lieu. Rondel de l'adieu Lemerre Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Mûrir, mourir ; c'est presque le même mot. Tas de pierres Éditions Milieu du monde Joseph Joubert Montignac, Corrèze, 1754-Villeneuve-sur-Yonne 1824 Il faut mourir aimable (si on le peut). Pensées Jean de La Bruyère Paris 1645-Versailles 1696 Il n'y a pour l'homme que trois événements : naître, vivre et mourir. Il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre. Les Caractères, De l'homme Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. Fables, les Animaux malades de la peste Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 L'un disait : « Il est mort ; je l'avais bien prévu. — S'il m'eût cru, disait l'autre, il serait plein de vie. » Fables, les Médecins Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Plutôt souffrir que mourir, C'est la devise des hommes. Fables, la Mort et le Bûcheron Jean de La Fontaine Château-Thierry 1621-Paris 1695 Quand le moment viendra d'aller trouver les morts, J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords. Fables, le Songe d'un habitant du Mogol Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 C'est ainsi qu'il mourut, si c'était là mourir ! La Mort de Socrate Alphonse de Prât de Lamartine Mâcon 1790-Paris 1869 On voudrait revenir à la page où l'on aime Et la page où l'on meurt est déjà sous nos doigts. Poésies diverses, Vers sur un album Stéphane Mallarmé Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 […] Ayant peur de mourir lorsque je couche seul. Poésies, Angoisse André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 Les millénaires n'ont pas suffi à l'homme pour apprendre à voir mourir. Antimémoires Gallimard André Malraux Paris 1901-Créteil 1976 Les hommes ne meurent que pour ce qui n'existe pas. L'Espoir Gallimard Jules Michelet Paris 1798-Hyères 1874 Il faut apprendre à mourir. Journal, 26 août 1839 Gallimard Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 On ne meurt qu'une fois, et c'est pour si longtemps ! Le Dépit amoureux, V, 3, Mascarille Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 Il vaut mieux encore être marié qu'être mort. Les Fourberies de Scapin, I, 4, Scapin Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Nous n'avons aucune communication à l'être, parce que toute humaine nature est toujours au milieu entre le naître et le mourir. Essais, II, 12 Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Philosopher, c'est apprendre à mourir. Essais, I, 10 Michel Eyquem de Montaigne château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-château de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant. Essais, III, 13 Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu château de La Brède, près de Bordeaux, 1689-Paris 1755 Je n'ai plus que deux affaires : l'une de savoir être malade, l'autre de savoir mourir. Mes pensées Henry Millon de Montherlant Paris 1895-Paris 1972 Académie française, 1960 Nous mourons, quand il n'y a plus personne pour qui nous voulions vivre. Les Garçons Gallimard Henry Millon de Montherlant Paris 1895-Paris 1972 Académie française, 1960 Mourir pour une cause ne fait pas que cette cause soit juste. Les Lépreuses Gallimard Alfred de Musset Paris 1810-Paris 1857 Qu'est-ce donc qu'oublier si ce n'est pas mourir ? Poésies, Lettre à Lamartine Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Nous sommes plaisants de nous reposer dans la société de nos semblables : misérables comme nous, impuissants comme nous, ils ne nous aideront pas ; on mourra seul. Pensées, 211 Commentaire Chaque citation des Pensées porte en référence un numéro. Celui-ci est le numéro que porte dans l'édition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus généralement répandue — le fragment d'où la citation est tirée. Jacqueline Pascal, en religion sœur Sainte-Euphémie Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1625-Paris 1661 Si ce n'est pas à nous à défendre la vérité, c'est à nous à mourir pour la vérité. Lettre, 23 juin 1661 Charles Péguy Orléans 1873-Villeroy, Seine-et-Marne, 1914 Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre ! Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés. Ève Gallimard Raymond Queneau Le Havre 1903-Paris 1976 Si je parle d'un homme, il sera bientôt mort. Si je parle du temps, c'est qu'il n'est déjà plus. Les Ziaux Gallimard Pierre de Ronsard château de la Possonnière, Couture-sur-Loir, 1524-prieuré de Saint-Cosme-en-l'Isle, près de Tours, 1585 On ne meurt point, on change seulement De forme en autre, et ce changer s'appelle Mort, quand on prend une forme nouvelle […]. Discours de l'altération et change des choses humaines Claude Joseph Rouget de Lisle Lons-le-Saunier 1760-Choisy-le-Roi 1836 Mourir pour la patrie, C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie ! Roland à Roncevaux Commentaire Vers repris par A. Dumas et A. Maquet pour le chœur des Girondins de leur drame le Chevalier de Maison-Rouge (1847). Antoine de Saint-Exupéry Lyon 1900-disparu en mission aérienne en 1944 Ce pour quoi tu acceptes de mourir, c'est cela seul dont tu peux vivre. Citadelle Gallimard Marie-René Alexis Saint-Leger Leger, dit, en diplomatie, Alexis Leger, et, en littérature Saint-John Perse Pointe-à-Pitre 1887-Giens, Var, 1975 C'est déjà bien assez de n'être pas mort. À Valery Larbaud Dynamo, Liège Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné Paris 1626-Grignan 1696 Je me trouve dans un engagement qui m'embarrasse : je suis embarquée dans la vie sans mon consentement ; il faut que j'en sorte, cela m'assomme ; et comment en sortirai-je ? Correspondance, à Mme de Grignan, 16 mars 1672 Jules Supervielle Montevideo, Uruguay, 1884-Paris 1960 Ô morts n'avez-vous pas encore appris à mourir ? Le Forçat innocent, Supplique Gallimard Cicéron, en latin Marcus Tullius Cicero Arpinum 106-Formies 43 avant J.-C. Je ne veux pas mourir, mais je tiens pour rien le fait d'être mort. Emori nolo : sed me esse mortuum nihil aestumo. Tusculanes, I, 8 Commentaire Montaigne, Essais (II, 13) : « L'être mort ne les fâche pas, mais oui bien le mourir. » Voltaire, Correspondance : « Mourir peut être un mal, mais être mort n'est rien. » Quintus Ennius dans Médée : « La mort n'est pas un mal, l'approche de la mort en est un ». Horace, en latin Quintus Horatius Flaccus Venusia, Apulie, 65-Rome ? 8 avant J.-C. Je ne mourrai pas tout entier. Non omnis moriar. Odes, III, XXX, 6 Eschyle Éleusis vers 525-Gela, Sicile, 456 avant J.-C. Mourir glorieusement est un bienfait des dieux. Agamemnon, 1304 (traduction P. Mazon) Platon Athènes vers 427-Athènes vers 348 ou 347 avant J.-C. Ceux qui, au sens droit du terme, se mêlent de philosopher, s'exercent à mourir. Phédon, 67e (traduction L. Robin) Bible Quand un humain expire, où donc est-il ? Ancien Testament, Job XIV, 10 Commentaire Citation empruntée à la « Bible de Jérusalem ». Anonyme Salut empereur, ceux qui vont mourir te saluent. Ave imperator, morituri te salutant. Cité par Suétone dans Vies des douze Césars, Claude, XXI Commentaire Paroles que prononçaient les gladiateurs en défilant avant le combat devant la loge impériale. Le texte généralement cité est « Ave, Caesar ». Pierre Jacques Étienne, vicomte Cambronne Nantes 1770-Nantes 1842 La garde meurt et ne se rend pas. Commentaire Ces paroles, comme une autre moins châtiée, ont été attribuées au général Cambronne lors de la bataille de Waterloo. Elles figurent sur le monument élevé à Nantes à la gloire du général. Elles sont apocryphes et ont été attribuées à plusieurs autres officiers qui combattirent à Waterloo. À un général anglais qui l'invitait à se rendre, Cambronne aurait répondu plus vraisemblablement par… le mot de Cambronne ; c'est à cette vraisemblance que s'est rallié Victor Hugo dans les Misérables. Ernst Moritz Arndt Schoritz, île de Rügen, 1769-Bonn 1860 Nous vaincrons ou nous mourrons ici, De la douce mort des hommes libres. Wir siegen oder sterben hier Den süßen Tod der Freien. Chant patriotique Carlo Bini Livourne 1806-Carrare 1842 Le despote doit apprendre à dormir à ses sujets. Gare à lui s'il leur apprend à mourir : c'est une leçon qui bientôt se retournera contre lui. Il despota bisogna che insegni a dormire. Guai a lui se insegna a morire : è una lezione che ben tosto gli tornerà contro. Manoscritto d'un prigioniero, XXII Samuel Butler Langar, Nottinghamshire, 1835-Londres 1902 Mourir confortablement coûte très cher. It costs a lot of money to die comfortably. A Luxurious Death Johann Wolfgang von Goethe Francfort-sur-le-Main 1749-Weimar 1832 Aussi longtemps que tu n'auras pas saisi ceci : meurs et deviens ! Tu ne seras qu'un triste compagnon sur une terre sans lumière. Solang du das nicht hast Dieses : Stirb und Werde ! Bist du nur ein trüber Gast auf der dunklen Erde. Nostalgie bienheureuse William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Mourir ; dormir ; dormir, rêver peut-être. C'est là l'obstacle. To die ; to sleep ; To sleep ! perchance to dream : ay, there's the rub. Hamlet, III, 1, Hamlet sainte Thérèse d'Ávila [Teresa de Cepeda y Ahumada] Ávila 1515-Alba de Tormes 1582 Je vis sans vivre en moi-même, avec l'espoir d'une vie si haute que je meurs de ne point mourir. Vivo sin vivir en mi, y tan alta vida espero, que muero porque no muero. Versos nacidos del fuego del amor de Dios que sí teníamourir (difficultés) verbe intransitif (bas latin morire, du latin classique mori) Orthographe Avec un seul r comme courir (et à la différence de nourrir et pourrir). Conjugaison Avec l'auxiliaire être. Le r est doublé au futur : je mourrai. ● mourir (expressions) verbe intransitif (bas latin morire, du latin classique mori) Mourir de quelque chose, indique le très haut degré dont on en est affecté : Mourir de rire, de soif. Je meurs d'impatience. À mourir, au plus haut point, extrêmement. À mourir (de rire), très drôle, extrêmement amusant. Coudre en mourant, en parlant d'une couture, d'une pince, la réduire ou l'élargir très progressivement. Faire mourir quelqu'un, le tuer ou, familièrement, l'impatienter, l'inquiéter beaucoup. Familier. On n'en meurt pas, tu n'en mourras pas, ce n'est pas si grave, si terrible. Populaire. Plus + adjectif, tu meurs, repartie ironique signifiant qu'il est impossible de dépasser la qualité exprimée par l'adjectif au comparatif, qu'il est impossible de faire mieux (ou plus mal) : Plus idiot que lui, tu meurs ! Venir mourir quelque part, cesser, disparaître après s'être progressivement affaibli, estompé ; se terminer, s'estomper en se rétrécissant tout en rejoignant très progressivement un point, une ligne. ● mourir (homonymes) verbe intransitif (bas latin morire, du latin classique mori)mourir (synonymes) verbe intransitif (bas latin morire, du latin classique mori) Cesser de vivre ou être sur le point de cesser...
Synonymes :
- claboter (populaire)
- clamecer (populaire)
- claquer (populaire)
- crever (populaire)
- décéder
- disparaître
- passer l'arme à gauche (familier)
- périr
- rendre l'âme
- s'éteindre
- trépasser (littéraire)
Contraires :
Dépérir, perdre ses fonctions vitales
Synonymes :
- dépérir
Perdre de sa vigueur, s'affaiblir, s'éteindre doucement
Synonymes :
- décliner
- s'éteindre
Disparaître ; cesser d'exister
Synonymes :
- passer (vieux)
- s'évanouir
Contraires :
- naître

mourir
v.
rI./r v. intr.
d1./d Cesser de vivre. Mourir de maladie. Mourir noyé. Mourir au champ d'honneur. Mourir de sa belle mort. Syn. (Acadie) bâsir.
|| (Végétaux) Les fleurs coupées meurent très vite.
d2./d Fig. Ressentir vivement les atteintes de (une sensation pénible, une passion violente). Mourir de faim, de peur, d'amour. Mourir d'envie. Mourir de rire.
S'ennuyer à mourir, profondément.
d3./d (Choses) Cesser d'exister. Laisser mourir le feu.
Fig. Passion qui meurt.
rII./r v. Pron. Litt. être sur le point de mourir. "Madame se meurt, Madame est morte" (Bossuet).
|| Fig. Le jour se meurt.

⇒MOURIR, verbe
I.— Emploi intrans.
A.— [Le suj. désigne un être vivant]
1. [Exprimant l'accompli] Cesser d'exister, perdre la vie.
a) [Le suj. désigne une pers.]
[Employé seul] Je ne veux emporter en mourant que l'espoir d'être regretté par toi (LA MARTELIÈRE, Robert, 1793, v, 3, p. 60). Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent; Je le sais, ô mon Dieu! (HUGO, Contempl., t. 2, 1856, p. 404) :
1. Fut-ce à ce moment que Mouchette subit le deuxième assaut de la force obscure qui venait de s'éveiller au plus profond, au plus secret de sa chair? (...) La pensée de la mort n'achevait pourtant pas de se former, le regard qu'elle fixait malgré elle sur la mare qui miroitait sous ses pieds restait vague. Elle ne voulait pas mourir.
BERNANOS, Mouchette, 1937, p. 1342.
Emploi subst. masc., littér. Fait de mourir. — Ô soldats que j'ai vus rire, souffrir, vous taire Dans la blancheur de chaux d'un ancien monastère, Où, comme un haut jet d'eau, s'élevait dans la cour Un arbre purpurin tout saturé d'amour, J'ai près de vous appris le mourir et le vivre (NOAILLES, Forces étern., 1920, p. 51).
Faire mourir qqn. Moïse a fait mourir les Égyptiens, Samuël a fait mourir Agag; Élie, les prophetes de Baal et les capitaines d'Okofias (SAINT-MARTIN, Homme désir, 1790, p. 182).
À se faire mourir. Il est gourmand, mon cher, à se faire mourir à tous les repas. Tu ne te figures point ce qu'il mangerait si on le laissait libre (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Fam., 1886, p. 562).
Se laisser mourir. Cette excellente femme (...) se laissa mourir, sans doute par dévouement, en donnant le jour à Georges (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 39).
[Avec un compl.]
♦ [de lieu] Mourir au bagne, dans la rue, dans son lit, dans les bras de qqn. Le roi! Le roi! Mon père est mort sur l'échafaud, condamné par le sien (HUGO, Hernani, 1830, I, 2, p. 10). Jésus qui êtes mort sur la croix pour le salut de tous les hommes (CLAUDEL, Messe là-bas, 1919, p. 488) :
2. Nous autres pauvres gens, nous appelons être riche quand nous ne mourons pas à l'hôpital; et mon père est mort chez lui, tout le quartier peut vous le dire.
LECLERCQ, Prov. dram., Savet. et financ., 1835, 7, p. 226.
♦ [de temps] Il en est mort dans l'année (BALZAC, Méd. camp., 1833, p. 126). Mort à l'âge de 87 ans, le 1er février 1709, il ne vit pas l'accomplissement des derniers excès qui se préparaient contre Port-Royal (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 3, 1848, p. 501). Marie était morte à seize ans (MONTHERL., Célibataires, 1934, p. 754).
♦ [de circonstances] Sa femme mourut en couches, lui laissant un regret éternel de cette séparation si prompte (BRILLAT-SAV., Physiol. goût, 1825, p. 294). Mourir sous des balles alliées quelques mois avant la victoire! (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 343).
SYNT. Mourir abandonné, damné, libre, pauvre, seul; mourir à la guerre, au service de qqn, au champ d'honneur; mourir avec courage, avec terreur; mourir dans la misère, dans l'oubli, dans le péché; mourir en bon chrétien, en paix; mourir sur le coup; mourir saintement, subitement; mourir comme un brave, comme un chien.
Mourir à la peine, à la tâche. Périr sous le poids de tâches accablantes; mourir en laissant une œuvre inachevée. Je veux t'éviter les gênes, les misères de l'existence. C'est assez que ta pauvre mère les ait éprouvées et soit morte à la tâche (A. FRANCE, Jocaste, 1879, p. 23) :
3. Les trois hommes de lettres les plus distingués de la fin du XVIIIe siècle, sont Beaumarchais, Mirabeau et Rivarol. Beaumarchais, par son Figaro, donna le manifeste de la Révolution; Mirabeau la fit; Rivarol la combattit et fit tout pour l'enrayer : il mourut à la peine.
CHÊNEDOLLÉ, Journal, 1822, p. 118.
Mourir tout entier. Mourir sans laisser aucun souvenir durable à la postérité :
4. ... Daudet se met à parler de gens de valeur que les circonstances, la paresse, n'ont jamais laissés se produire et qui meurent tout entiers faute d'un Eckermann, et le nom de son ami Pillaut, le musicien, lui vient à la bouche, comme celui d'un de ces hommes, tout, tout plein de choses fines, délicates, et qui aura passé dans la vie sans laisser une trace...
GONCOURT, Journal, 1888, p. 858.
Mourir vivant. Mourir subitement, en pleine force. Il n'a pas souffert qu'on épiât son déclin. Il est mort vivant. Je ne trouve pas cela méprisable (A. FRANCE, Lys rouge, 1894, p. 315).
♦ [de cause] Et samedi, vingt-six, une heure avant dîné, Monsieur de Bergerac est mort assassiné (ROSTAND, Cyrano, 1898, v, 6, p. 220). Leone est mort écrasé par un tramway (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 118) :
5. Elle entendit le souffle court de Xavier. Son père et sa mère, songeait-elle, étaient morts d'une maladie de cœur. « Je pourrais le tuer ».
MAURIAC, Myst. Frontenac, 1933, p. 33.
SYNT. Mourir dans un accident, un attentat, un incendie, un naufrage; mourir d'anémie, d'apoplexie, de consomption, de faim, de froid, d'inanition, de maladie, de tuberculose, de vieillesse; mourir d'une attaque, d'un cancer, d'une chute, d'un coup (de poignard, de sang), d'une crise cardiaque, d'une méningite, d'une rupture d'anévrisme; mourir de la peste, de la rage, de la vérole; mourir par manque de soins; mourir des suites de qqc.; mourir noyé, électrocuté.
Mourir de la main de qqn. Le roi, averti par les astrologues qu'il mourrait de la main de ce fils, le fit exposer, dès sa naissance, et lui substitua un enfant trouvé (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 386).
Mourir de sa belle mort. V. mort1.
P. exagér. [Pour indiquer qu'une chose n'est ni dangereuse ni trop pénible] Ne pas en mourir. Depuis un an et plus je n'ai pas vu la queue D'un journal (...) Eh bien, l'on n'en meurt pas (VERLAINE, Œuvres compl., t. 3, Invect., 1896, p. 357). C'est rien que de la conserve, j'en bouffe depuis un an moi... J'en suis pas mort! (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 206).
♦ [de but] Guy Mocquet, ce martyr de dix-sept ans, mort pour la France (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 372).
SYNT. Mourir pour des idées, pour la liberté, pour la patrie, pour son pays, pour l'humanité, pour le péché des hommes, pour le salut du monde.
[Employé dans des expr.]
♦ [Dans des formules exprimant avec force un serment ou une affirmation et indiquant que la volonté de mourir est dans une alternative, la seule option à une autre action que l'on repousse]
Plutôt mourir (que + verbe à l'inf.). Connaissez-vous toutes vos consignes et spécialement la principale, celle qui est commune à tous les forts : plutôt mourir que se rendre? (BORDEAUX, Fort de Vaux, 1916, p. 16). Pas de lâche compromission! Tenir tête à l'orage! Plutôt mourir! (MARTIN DU G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 627).
Que je meure si... Que je meure Si je comprends ce cri jaloux! (VERLAINE, Œuvres compl., t. 1, Jadis, 1884, p. 329).
Loc. proverbiales
P. plaisant. [Pour encourager à ne pas craindre la mort] On ne meurt qu'une fois. Allons! Le moment est venu. On ne meurt qu'une fois! (VILLIERS DE L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 249).
Ceux qui vont mourir te saluent. [P. allus. à la phrase que prononçaient les gladiateurs avant de combattre devant la loge impériale : Ave, Caesar, morituri te salutant] Le peuple est le César indifférent, le Claude ricaneur auquel les soldats disent sans cesse en défilant :Ceux qui vont mourir te saluent (VIGNY, Serv. et grand. milit., 1835, p. 20).
Partir, c'est mourir un peu :
6. Partir, c'est mourir un peu
C'est mourir à ce qu'on aime
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.
E. HARAUCOURT, Rondel de l'Adieu, Paris, Charpentier, 1891, p. 12.
b) [Le suj. désigne un animal ou un végétal] Elle avait la voix et l'accent que prennent les ingénues pour dire que le petit chat est mort (DUHAMEL, Désert Bièvres, 1937, p. 227). Nous remontons l'allée des platanes, (...) au pied desquels meurent les dernières jonquilles (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 163).
2. [Exprimant le non-accompli] Subir des altérations physiques ou morales donnant le sentiment qu'on est conduit progressivement à la mort. Synon. s'étioler, se consumer, languir. Mourir doucement, lentement. Rodolfo : Ô Catarina! être séparé de toi, (...) c'est sentir qu'on meurt un peu chaque jour! (HUGO, Angelo, 1835, p. 50). Alors, c'est cela, je me laisserai mourir à petit feu, élégamment, au milieu de mes amis pâles d'émoi (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p. 88) :
7. Depuis près de vingt ans que nous avons commencé de mourir, que de fois nous avons cru toucher au terme de notre métamorphose!
PROUDHON, Confess. révol., 1849, p. 180.
3. P. hyperb. Éprouver intensément (une sensation, un sentiment). Vrai! J'ai pensé mourir deux cent cinquante fois depuis hier. J'en pleurais des ruisseaux de larmes. Toi ici! Dieu! Si ce pauvre oncle vivait! (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 434).
Mourir de + subst. (compl. de cause) :
8. Les journées s'écoulaient cependant, avec une effroyable vitesse, et le duc qui mourait d'impatience, semblait encore pousser les heures de ses mains, à force de courir et de trépigner dans les derniers préparatifs.
BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 141.
SYNT. Mourir de chagrin, de chaleur, de dégoût, de désespoir, de douleur, d'ennui, de faim, de fatigue, de froid, de honte, de joie, de misère, de peur, de plaisir, de rage, de tristesse, de sommeil.
Mourir d'amour. Je suis ivre, je crie de désir, je meurs d'amour, je meurs d'amour éternellement! (MILOSZ, Amour, initiation, 1910, p. 149).
Mourir d'envie de (+ verbe à l'inf.). Il mourait d'envie de se jeter dans les bras de son ami (STENDHAL, Rouge et Noir, 1830, p. 236).
Mourir de rire. Je vous conterai son histoire, c'est à mourir de rire (FIÉVÉE, Dot Suzette, 1798, p. 140).
Faire mourir qqn (de qqc.). Causer à quelqu'un de vifs désagréments. Valérie, me suis-je écrié, vous me ferez mourir; vous nous ferez tous mourir, ai-je ajouté, avec votre légèreté (KRÜDENER, Valérie, 1803, p. 45).
À (en) mourir. Cela n'empêche pas, maman, que je m'embête à mourir (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 3, 1859, p. 305) :
9. La pensée de l'autre vie a changé l'aspect de celle-ci, provoqué des sacrifices furieux et des résignations d'une tendresse infinie, des songes et des espérances à soulever l'âme, et des désespoirs à en mourir.
LEMAITRE, Contemp., 1885, p. 159.
Mourir de + verbe à l'inf. (littér.). Avoir très envie de faire quelque chose. Dans l'ardent prosélytisme d'une âme qui meurt d'illuminer les âmes (BLONDEL, Action, 1893, p. 243).
Mourir à qqn/qqc. Renoncer à quelqu'un ou à quelque chose.
THÉOL. Mourir au monde, au péché, à Satan. Le monde était la proie du mal; un seul salut : mourir à soi-même, à la terre, contempler du fond d'un naufrage les impossibles idées (SARTRE, Mots, 1964, p. 148).
♦ [En dehors de la lang. relig.] Il écoute pieusement les heures tomber dans l'éternité qui les encadre, il meurt au monde qui l'a déçu (PSICHARI, Voy. centur., 1914, p. 25).
B.— [Le suj. désigne une chose]
1. [Le suj. désigne une communauté humaine (pays, ville, commerce, etc.) ou ses manifestations] Perdre peu à peu son existence, son rayonnement. Les institutions de la vieille patrie mouroient donc avec le vieux culte (CHATEAUBR., Ét. ou Disc. hist., t. 2, 1831, p. 7) :
10. Et déjà, l'on ne sait trop pourquoi, Montmartre mourait. Il y a plus de vingt-cinq ans, un de nos confrères l'enterrait gentiment, ce doux quartier. Il dénonçait le crime des pierres qui nous enlevaient jour par jour un peu plus d'air, un peu plus du vieux Paris et un peu plus du vieux Montmartre.
FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 167.
2. S'arrêter, disparaître en perdant peu à peu sa force, son intensité.
a) [Le suj. désigne un objet en mouvement] Finir son parcours, sa trajectoire; s'arrêter. Le petit plomb avait été mourir (...) dans les bas chinés du vieillard, il fut effrayé de le voir tombant les quatre membres en l'air, et criant : « À l'assassin! » (BALZAC, Œuvres div., t. 2, 1830, p. 237). La mer avait fini de monter. De larges ondes tremblaient sur elle, et s'en allaient mourir là-bas, au fond du port (RENARD, Écorn., 1892, p. 80).
11. Aurai-je assez de matériau pour bloquer cette autre voie d'invasion?... Le matelas suffira... et la seconde vague d'assaut vient mourir contre ce nouveau retranchement.
H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 197.
P. anal. Sa traîne commençait cette robe [de la marquise] et il semblait que ses étoffes montassent du sol pour s'enrouler autour des chevilles, des cuisses, des fesses, du ventre, de la taille, et mourir au bord des seins (COCTEAU, Appogiatures, 1953, p. 30).
b) [Le suj. désigne un objet (un phénomène physique) développant une certaine énergie] Elle laissait mourir le feu, et, à mesure que la pièce devenait plus froide, elle traînait sa chaise vers l'âtre, ses pieds touchaient presque la cendre. Le feu mourant attirait ses mains et son front (MAURIAC, Nœud vip., 1932, p. 296).
c) [Le suj. désigne une chose, un phénomène touchant aux sens (une couleur, un son...)] Un roulement lointain qui se rapproche, grandit, envahit l'horizon, meurt enfin sous la terre (A. DAUDET, Tartarin Alpes, 1885, p. 254). Les flambeaux n'étaient pas encore allumés et le jour mourait tristement dans la chambre (PROUST, Plais. et jours, 1896, p. 208) :
12. Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
— Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...
— Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
RIMBAUD, Poés., 1871, p. 72.
PEINT. C'est ainsi qu'une robe vert d'eau [des Japonaises] meurt dans du violet, qui, d'abord presque insensible, devient du violet foncé (E. DE GONCOURT, Mais. artiste, t. 1, 1881, p. 206).
Faire mourir les couleurs. ,,En adoucir l'éclat, la vivacité, ménager avec art le passage des clairs aux bruns`` (JOSSIER 1881).
d) [Le suj. désigne un sentiment ou ses manifestations] Pique du sein la gourde belle, Sur qui l'amour meurt ou sommeille (VALÉRY, Charmes, 1922, p. 118). Sa rancune à l'égard de Dubreuilh ne mourrait pas de sitôt, mais ça n'interdisait pas un travail commun (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 255).
3. [Le suj. désigne un relief, un objet saisi dans sa masse] S'amenuiser, diminuer en pente douce. La muraille, terminée par un éboulement de roches, venait mourir en pente douce sur la lisière de la forêt. C'était comme un escalier naturel (VERNE, Île myst., 1874, p. 31). La tête du lac se dessine. C'est un golfe d'eau bleue qui vient mourir à la base d'une montagne (BOURGET, Ét. angl., 1888, p. 122).
MENUIS. Scier en mourant. Scier de sorte que l'épaisseur diminue insensiblement et vienne à rien. À partir des bords extérieurs du second cercle, l'épaisseur doit aller en mourant (MAUGIN, MAIGNE, Nouv. manuel luthier, 1929, [1869], p. 101).
II.— Emploi pronom. [Gén. à l'inf., au prés. ou à l'imp. de l'ind.]
A.— [Le suj. désigne une pers.] Se mourir (de)
1. Être en train de mourir. Un enfant qui se mourait dans le village, que Julie avait assisté, soigné jusqu'au jour où, grièvement atteinte elle-même, elle avait dû remettre à d'autres son rôle (FROMENTIN, Dominique, 1863, p. 258). Il se mourait d'une pleurésie, déterminée par une blessure au flanc gauche (ZOLA, Débâcle, 1892, p. 502).
2. P. hyperb. Éprouver intensément (des sentiments ou des sensations). Se mourir d'amour, de chagrin, d'envie, d'épuisement, de honte, d'inquiétude, de peur, de rire. — Ne me caresse pas ainsi, Passereau, je me meurs, tu vas me tuer! — Te tuer, belle homicide! Ce serait grand dommage (BOREL, Champavert, 1833, p. 204). Le pauvre comte inoccupé, se mourait de chaleur et d'ennui (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 182).
B.— [Le suj. désigne une chose] S'affaiblir, s'acheminer vers son extinction, sa disparition. Les institutions se meurent. Un jour rose se mourait au plafond de la pièce (ZOLA, Nana, 1880, p. 1431). Le chœur des étudiants (...) se fait (...) entendre; puis dans un murmure des timbales, le bruit se meurt, lointain (PROD'HOMME, Cycle Berlioz, t. 1, 1896, p. 140).
Prononc. et Orth. :[], (il) meurt []. Att. ds Ac. dep. 1694. Conjug. Ind. prés. : je meurs, tu meurs, il meurt, nous mourons, vous mourez, ils meurent; imp. : je mourais; passé simple : je mourus; fut., cond. prés. : je mourrai(s) [()]; impér. : meurs, mourons, mourez; subj. prés. : que je meure, que tu meures, qu'il meure, que nous mourions, que vous mouriez, qu'ils meurent; subj. imp. : que je mourusse; part. prés. : mourant; part. passé : mort, fém. morte. Étymol. et Hist. I. Réfl. Cesser de vivre A. D'une personne 1. 881 (Ste Eulalie, 18 ds HENRY Chrestomathie, p. 3 : Por o's furet morte a grand honestet); 2e moitié Xe s. (St Léger, éd. J. Linskill, 51 : Il se fud morz, damz i fud granz); 2. ca 1170 « être mourant » (MARIE DE FRANCE, Lais, éd. J. Rychner, Yonec, 447); 3. être au bord de la mort, dépérir a) ca 1160 par amour (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 8700 : Amors ne me fet mie droit : Quant ge me plain et il s'en rit; Muir moi et lui an est petit); 1176-81 CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier au Lion, éd. M. Roques, 6506); b) ca 1165 par chagrin (BENOÎT DE STE-MAURE, Troie, 613 ds T.-L. : Por ses fiz qui sont mort se muert [Ecuba]). B. D'un inanimé 1580 (MONTAIGNE, Essais, II, XII, éd. A. Thibaudet et M. Rat, p. 387 : la fleur d'aage se meurt et passe quand la vieillesse survient). II. Intrans. Cesser de vivre A. D'une personne, d'un être vivant 1. a) fin Xe s. (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 290 : El mor ind. prés. 3 sing.; 331, 335 : murir); ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 227 : ... de quel mort nus muriuns); 1120-50 (Grant mal fist Adam, I, 92 ds T.-L. : Furent mort de sei); ca 1125 (Couronnement de Louis, 2221, ibid. : ... il fu morz de dueil et de lasté); 1155 (WACE, Brut, 133, ibid. : Morte fu de l'enfantement); 1160-74 (ID., Rou, éd. J. Holden, II, 335 : Miex veut qu'a glaive muire); 1176 (CHRÉTIEN DE TROYES, Cligès, éd. A. Micha, 4011 : Ja nus eidier ne li porra Qu'avuec lui [Cligès] morir ne se lest [l'anpereriz] Car sanz lui vie ne li pleist); 1260 part. prés. subst. (ROBERT DE BLOIS, Beaudous, 2907 ds T.-L.); ca 1380 id. adj. (Gloss. Aalma, 7683 ds ROQUES t. 2, p. 263); b) fin XIIe-début XIIIe s. d'un végétal l'erbe muert (GACE BRULÉ, Chansons, éd. H. Petersen Diggve, XIV, 1, p. 237); 2. être sur le point de mourir, dépérir a) ca 1165 morir de fain [en parlant de Tantale] (Guillaume d'Angleterre, éd. M. Wilmotte, 909); b) 1188 par amour, douleur, chagrin ou autre sentiment (AIMON DE VARENNES, Florimont, 8405 ds T.-L. : La pucelle por lui moroit); ca 1200 (CHÂTELAIN DE COUCY, Chansons, éd. A. Lerond, XIII, 28 : ... car a trop grant dolor Muir et languis); fin XIIe-début XIIIe s. (GACE BRULÉ, loc. cit., p. 238 : Tant fait Amours sovent vivre et morir); 1608 p. hyperb. il en faudroit mourir pour exprimer l'admiration (M. RÉGNIER, Satires, éd. G. Raibaud, VIII, 40); 1671, 27 mars à mourir « au point d'être exténué, d'éprouver une immense lassitude » (SÉVIGNÉ, Lettres, éd. Gérard-Gailly, t. 1, p. 238); c) 1540 mourir apres « désirer ardemment » (LA GRISE, Trad. Guevara, II, 14 ds HUG.); 3. ca 1200 morir a terme de spiritualité « renoncer définitivement à » morir al munde (Moralia in Job ds Dialogue Grégoire, éd. W. Foerster, p. 320); 1651, 17 oct. mourir au péché (PASCAL, Lettre à l'occasion de la mort de M. Pascal, le Père ds Œuvres, éd. J. Chevalier, p. 498); 1675 mourir à ses passions (FLÉCHIER, O. f. de la duchesse d'Aiguillon, éd. Paris, Libraires associés, 1808, p. 63); 4. XIIIe s. « aller vers la mort, inéluctable; décliner » (Chanson, ms. Berne 389, éd. E. Järnström, t. 1, p. 20 : Quant li hons naist, lors commence a morir). B. D'un inanimé 1. concr. 1556 (BEAUGUÉ, Guerre d'Écosse, I, 10 ds LITTRÉ : Courtine ... où les boulets alloyent mourir); 1579 (LARIVEY, Les Jaloux, I, 1 ds GDF. Compl. : La parole me mourut entre les dents); 1616 (D'AUBIGNÉ, Hist. I, 323 ds LITTRÉ : ... deux estangs, entre lesquels venoit mourir en bas une petite pleine triangulaire); 2. abstr. 1580 (MONTAIGNE, Essais, II, XX, éd. A. Thibaudet et M. Rat, p. 587 : le premier aage meurt en l'enfance et le jour d'hier meurt en celuy du jour d'huy); av. 1704 (BOSSUET, Médit. sur l'Évangile, Dern. sem. du Sauveur, 81e jour ds LITTRÉ : [les empires] meurent ... comme le reste des choses humaines). III. Trans. ca 1100 avoir mort [aucun] « avoir tué [quelqu'un] » (Roland, éd. J. Bédier, 1683); id. estre mort « être tué » (ibid., 3609), encore av. 1614 — à la forme active — (BRANTÔME, Rodomontades [VII, 132] ds HUG. : il tumbe dans le feu qui l'acheva de mourir). IV. Inf. subst. ca 1200 (chans. ds CHÂTELAIN DE COUCY, Chansons, éd. A. Lerond, XXIX, 10 : jusqu'au morir). Du lat. mori ( dans la lang. vulg. PLAUTE, VÄÄN., § 312; cf. TLL s.v., 1492, 41, devenu morire, verbe actif à basse époque ibid., § 294; cf. TLL, 1492, 52) « mourir (d'un être vivant) », fig. « dépérir, se consumer »; « (d'un inanimé) s'éteindre, finir », spéc. flumina, Pétrone; ignis, STACE, ds TLL, 1495, 39 et 41. Dans la lang. chrét. se développe le sens de « renoncer à, se détacher de (peccato, vitiis...) », BLAISE Lat. chrét. Fréq. abs. littér. :20 874. Fréq. rel. littér. :XIXe s. : a) 32 551, b) 29 332; XXe s. : a) 32 237, b) 25 891. Bbg. DONALDSON (W. D.). Fr. reflexive verbs. The Hague. Paris, 1973, pp. 36-41. — LEONARD (C. S.). Strong (R) and weak (r) in gallo-Romance. Rom. Philol. 1965, t. 18, pp. 296-299. — QUEM. DDL t. 10.

1. mourir [muʀiʀ] v. intr.
CONJUG. je meurs, tu meurs, il meurt, nous mourons, vous mourez, ils meurent; je mourais; je mourus; je mourrai; je mourrais; que je meure, que nous mourions; que je mourusse; meurs !; mourant; mort. Se conjugue avec être.
ÉTYM. 980, morir; du lat. pop. morire, lat. class. mori.
1 Cesser de vivre, d'exister. 1. Mort.
a (En parlant des êtres humains). Aller (s'en aller, fig.), décéder, disparaître, échapper (supra cit. 11), éteindre (s'), expirer, finir (II., 1.), partir (fig.), passer, périr, succomber, trépasser; rester (y rester, fam.); fam. et pop. calancher, caner, claboter, clamser, 1. claquer, crever, cronir…; cf. les loc. (style soutenu ou littér.) Trouver la mort; aller ad patres, passer dans l'autre monde, passer de vie à trépas, faire le grand voyage; descendre au tombeau, dans la tombe; finir, terminer ses jours, sa vie; avoir vécu; laisser, perdre la lumière, la vie…; quitter la vie, sortir de la vie; rendre l'âme, l'esprit, exhaler son âme, le dernier soupir; rendre son dernier souffle; fermer les paupières, les yeux; s'endormir du dernier sommeil, s'endormir dans les bras du Seigneur, de Dieu, de la mort; être rappelé, paraître devant Dieu…; et, fam. et pop., avaler sa chique, son extrait de naissance; boire le bouillon d'onze heures; faire la cabriole; casser sa pipe; faire couic; déposer le bilan; dévisser son billard; éteindre sa lampe, son gaz; faire sa malle, sa valise; lâcher la rampe; passer l'arme à gauche; ramasser ses outils; se laisser glisser, s'en aller, partir, sortir les pieds devant, entre quatre planches; souffler sa camoufle; aller chez les taupes. aussi 2. Mort (→ Affliction, cit. 4; exécuter, cit. 5; expéditif, cit. 1; heure, cit. 67; homme, cit. 52, Pascal; immortel, cit. 4; impassible, cit. 1; incertitude, cit. 5; invisible, cit. 3). || Tous les hommes doivent mourir (→ Payer le tribut à la nature). || « L'âme (cit. 5) n'est pas sujette à mourir avec le corps » (Descartes). || Homme qui va mourir, qui est sur le point de mourir. Moribond, mourant (cf. Être au lit de mort, au bord de la tombe, avoir un pied dans la tombe, dans la fosse). || À la veille, au moment de mourir (→ Extrême, cit. 9). || Avant (cit. 8) de mourir. || C'est la dernière œuvre qu'il ait composée avant de mourir (→ Son chant du cygne). || Mourir avant ( Prédécéder, prémourant), après qqn (cf. Suivre dans la tombe). || Clore, fermer les yeux à un homme qui vient de mourir. || Laisser trois enfants en mourant. — ☑ Loc. prov. On ne meurt qu'une fois.On ne sait ni qui vit ni qui meurt : on ne sait pas quand vient la mort.
1 Mangeons et buvons, car demain nous mourrons !
Bible (Segond), Ésaïe, XXII, 13.
2 Et meure Pâris ou Hélène,
Quiconque meurt, meurt à douleur
Telle qu'il perd vent et haleine;
Son fiel se crève sur son cœur,
Puis sue, Dieu sait quelle sueur !
Villon, Testament, XI.
3 Nous mourons tous, disait cette femme dont l'Écriture a loué la prudence (…) et nous allons sans cesse au tombeau, ainsi que des eaux qui se perdent sans retour.
Bossuet, Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans.
4 Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.
La Fontaine, Fables, I, 16.
5 Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.
La Fontaine, VII, 1 (→ Frapper, cit. 23).
6 La nécessité de mourir faisait toute la constance des philosophes : ils croyaient qu'il fallait aller de bonne grâce où l'on ne saurait s'empêcher d'aller (…) La gloire de mourir avec fermeté, l'espérance d'être regretté, le désir de laisser une belle réputation, l'assurance d'être affranchi des misères de la vie, et de ne dépendre plus des caprices de la fortune, sont des remèdes qu'on ne doit pas rejeter; mais on ne doit pas croire aussi qu'ils soient infaillibles.
La Rochefoucauld, Maximes, 504.
7 M. Cassini mourut le 14 septembre 1712, âgé de 87 ans et demi, sans maladie, sans douleur, par la seule nécessité de mourir.
Fontenelle, Cassini, in Littré.
8 (…) quand il faut rendre son corps aux éléments, et ranimer la nature sous une autre forme, ce qui s'appelle mourir; quand ce moment de métamorphose est venu, avoir vécu une éternité, ou avoir vécu un jour, c'est précisément la même chose.
Voltaire, Micromégas, II.
9 Au banquet de la vie, infortuné convive,
J'apparus un jour et je meurs (…)
N.-J.-L. Gilbert (→ Arriver, cit. 26).
10 Je ne veux point mourir encore.
André Chénier, Odes, II, XIV.
11 Je meurs. Avant le soir j'ai fini ma journée.
André Chénier (→ Faner, cit. 9; douceur, cit. 16).
12 (…) s'ils (les trappistes) se parlent quand ils se rencontrent, c'est pour se dire seulement : Frères, il faut mourir.
Chateaubriand, le Génie du christianisme, IV, III, VI.
13 Déposer le fardeau des misères humaines,
Est-ce donc là mourir ?
Lamartine, Premières méditations, XXXIII.
14 Mes chers amis, quand je mourrai (…)
A. de Musset (→ Éploré, cit. 3).
15 Hélas ! que j'en ai vu mourir de jeunes filles !
Hugo (→ Fille, cit. 24).
16 Ce n'est point vers la nuit que je crie en avant !
Mourir n'est pas finir, c'est le matin suprême.
Hugo, la Légende des siècles, LV.
17 Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent;
Je le sais, ô mon Dieu !
Hugo, les Contemplations, IV, XV.
18 On cite une marquise du commencement de ce siècle, qui prétendait qu'en le voulant bien on pouvait s'empêcher de mourir. Elle n'est peut-être morte que d'une distraction.
E. Fromentin, Dominique, XII.
Acceptation de mourir. || Consentir à mourir (→ Mépris, cit. 6). || Peur, épouvante de mourir (→ Mêler, cit. 19).Savoir mourir, apprendre à mourir, à accepter la mort (→ Affranchir, cit. 6; martyr, cit. 4). || « Que philosopher, c'est apprendre à mourir » (Montaigne, Essais, I, titre du chap. XX).
19 Pourquoi donc, disait mademoiselle de…, âgée de douze ans, pourquoi cette phrase : « Apprendre à mourir ? » je vois qu'on y réussit très bien dès la première fois.
Chamfort, Caractères et Anecdotes, « Mot d'une jeune fille sur la mort ».
20 Si vivre est un devoir, quand je l'aurai bâclé,
Que mon linceul au moins me serve de mystère.
Il faut savoir mourir, Faustine, et puis se taire (…)
P.-J. Toulet, Contrerimes, Coples, CIX.
Faire mourir : exécuter, tuer. Expédier (→ Capable, cit. 9; envoûter, cit. 1; épargner, cit. 7; exemple, cit. 23). || La maladie qui l'a fait mourir, qui l'a emporté, enlevé. || Faire mourir cruellement, à petit feu… || Se laisser mourir. || Se faire mourir (→ Asphyxie, cit. 3). || Mourir et se tuer (→ Acte, cit. 8). || Être condamné à mourir. || Signifier à un condamné qu'il faut mourir (→ Exécution, cit. 19).
(Avec un compl., un attribut, exprimant la cause de la mort). || Mourir de faim (cit. 1), d'inanition (cit. 3), de maladie (cit. 4), d'un mal… (→ Fatal, cit. 7). || Maladie dont on meurt. Mortel. || Elle en mourra (→ Cause, cit. 28).On n'en meurt pas : ce n'est pas grave (→ Forme, cit. 21). — ☑ Loc. Mourir de vieillesse (→ Extraordinaire, cit. 2).Mourir assassiné (cit. 25, Rostand), empoisonné (cit. 19 et 20), étranglé (cit. 1).Mourir dans un accident (cit. 13), de mort violente… — ☑ (1694). Mourir de sa belle mort, de vieillesse, sans maladie, ni accident. Fig. S'éteindre, se terminer de soi-même.
20.1 Il est intéressant de noter que cette école, dont le double mérite a été de souligner avec une vigueur particulière la spécificité de la sociologie par rapport à la psychologie et de fournir un ensemble impressionnant de travaux spécialisés, est également morte de sa belle mort (…)
J. Piaget, Épistémologie des sciences de l'homme, p. 280.
(Avec un compl., un adv., un attribut…, exprimant les circonstances de la mort). || Mourir lentement (cit. 3), doucement (cit. 2), en paix (→ Heure, cit. 42). || Mourir subitement, « au pied levé » (cit. 39). || Mourir parmi les souffrances (→ Exil, cit. 7). || Il est mort après avoir beaucoup souffert (→ Il a cessé de souffrir).Mourir chez soi, dans son lit (cit. 12), à l'hôpital. || Revenir mourir au gîte (cit. 8). || Mourir loin des siens, en terre étrangère (→ Haïr, cit. 8). || « Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée » (→ Blesser, cit. 47, Racine). || « Naître, vivre et mourir dans la même maison » (cit. 10).Mourir jeune (→ Aimer, cit. 75); à la fleur de l'âge… (→ Ne pas faire de vieux os). || Fontenelle est mort centenaire.Mourir libre (cit. 18). || Mourir seul (→ Consoler, cit. 3), abandonné de tous. — ☑ Loc. Mourir comme un chien.Mourir illustre (cit.1), regretté ou exécré (cit. 1).Par plais. || « Il est mort guéri » (→ Mesmériste, cit., Chamfort).Mourir général, prince… || Mourir fille (cit. 29). || Il ne veut pas mourir idiot. || Mourir riche, pauvre. || Mourir intestat. — ☑ Loc. Mourir sur la brèche. — ☑ (1640). Mourir à la peine, en plein travail, « au milieu ou par suite d'occupations pénibles, qu'on n'a pas pu ou pas voulu quitter » (Académie).Mourir à la tâche, à force de travail. || Mourir debout.
21 Je veux qu'on agisse (…) et que la mort me trouve plantant mes choux (…) J'en vis mourir un qui, étant à l'extrémité, se plaignait incessamment de quoi la destinée coupait le fil de l'histoire qu'il avait en main (…)
Montaigne, Essais, I, XX.
22 Quand tu sauras mon crime, et le sort qui m'accable,
Je n'en mourrai pas moins, j'en mourrai plus coupable.
Racine, Phèdre, I, 3.
23 On meurt en détail, ma chère amie; puissiez-vous jouir d'une meilleure santé que la mienne.
Voltaire, Correspondance, 2576, 17 nov. 1764.
Mourir dans la peau d'un intrigant, d'un insolent (→ Écorcher, cit. 1), d'un imbécile, comme un intrigant… || Il mourra dans la peau d'un ivrogne : jamais de son ivrognerie il ne se corrigera.
24 Croyez-moi, vous mourrez, Monsieur, dans votre peau.
Corneille, la Suite du Menteur, III, 5.
Fig. Mourir tout entier.
25 Ne laisser aucun nom, et mourir tout entier ?
Racine, Iphigénie, I, 2.
(En parlant des dispositions, de l'état moral de l'homme devant la mort). || Mourir avec constance, courage, héroïquement. || « Souffre et meurs sans parler » (→ Énergiquement, cit., Vigny). || Mourir sans déshonneur (cit. 1). || Bien mourir (→ Apprentissage, cit. 9; fraternité, cit. 7). || Mourir courageusement, ignominieusement (cit.).Mourir pieusement, chrétiennement, confessé, muni des sacrements de l'Église ( Extrême-onction)…, en odeur de sainteté. || Mourir en état de grâce, « en bon état » (cit. 26); dans le péché (→ Attendre, cit. 55), dans l'impénitence (cit. 1 et 2).
26 Si nous avons su vivre constamment et tranquillement, nous saurons mourir de même.
Montaigne, Essais, III, XII.
27 Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,
J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.
La Fontaine, Fables, XI, 4.
Spécialt. (Dans un combat). Tomber; périr. || Mourir au feu (→ Légion, cit. 6), au champ d'honneur, à la guerre (→ Honneur, cit. 25). || Ceux qui vont se battre et mourir (→ Chanson, cit. 7). || « Meurs ou tue ! » (→ Arrogant, cit. 6, Corneille). || Mourir en héros (cit. 8), en vendant chèrement sa vie. || Mourir plutôt que de se rendre (→ Courroux, cit. 4). || « Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? Qu'il mourût. » (→ Alors, cit. 1, Corneille). — ☑ Allus. hist. La garde (1. Garde, cit. 72) meurt et ne se rend pas.Ceux qui vont mourir te saluent (Morituri te salutant).
(1636). || Mourir pour une cause. Sacrifier (se); verser (son sang). → Guérison, cit. 6; homme, cit. 35. || Mourir pour le pays… (→ Briguer, cit. 4, Corneille; immortaliser, cit. 2). || « Mourir pour la patrie… » (→ Beau, cit. 54, Rouget de Lisle). || « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie » (→ Gloire, cit. 20, Hugo).
28 Si mourir pour son prince est un illustre sort,
Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort !
Corneille, Polyeucte, IV, 3.
29 La République nous appelle;
Sachons vaincre ou sachons périr :
Un Français doit vivre pour elle,
Pour elle un Français doit mourir.
M.-J. Chénier, Chant du départ.
30 Eh ! qui suis-je pour me plaindre, quand des milliers de Français meurent aux frontières pour la défense de la patrie ? On tuera mon corps, on ne tuera pas ma mémoire.
Vergniaud, in Jaurès, Hist. socialiste, t. VI, p. 320.
b En parlant des animaux. → Crever. || Éphémère (cit. 2) qui naît le matin et meurt le soir. || « Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ? » (Coppée, la Mort des oiseaux). Par métaphore. || La voix du cygne qui s'apprêtait à mourir (→ Écho, cit. 16).
31 L'oiseau mourut; je l'ai vu mourir en peu d'heures; pour l'échauffer encore, je l'étouffais de baisers et d'haleines. Il est mort du besoin de voler (…)
Gide, Philoctète, II, 1.
c (V. 1200). En parlant des végétaux. → Arbre, cit. 33; faner, cit. 14. || Une rose « qu'on respire et qu'on jette et qui meurt en tombant » (→ Livre, cit. 33). || « Ici (cit. 13) -bas, tous les lilas meurent ». || « Le vase où meurt cette verveine… » (→ Briser, cit. 31). || « Languissante elle meurt, feuille à feuille (cit. 4) déclose ». — ☑ Allus. évang. Si le grain (cit. 11 et 12) ne meurt.
2 Par exagér. ou par métaphore (du sens 1, a). || Vouloir mourir pour une femme (→ Embonpoint, cit. 1). || « Mourir par métaphore » (→ Langoureux, cit. 1). || J'aimerais mieux mourir que céder. || Être malheureux à en mourir.
32 Je meurs pour Isabelle. — Hé bien ! épousez-la.
Racine, les Plaideurs, I, 5.
33 (…) je pensais qu'il fallait mourir plutôt que d'ouvrir la bouche.
Mme de Sévigné, 860, 9 oct. 1680.
34 (…) il est digne d'être aimé, celui-là ! Si j'étais femme, je voudrais mourir (non, pas si bête !) vivre pour lui.
Balzac, le Père Goriot, Pl., t. II, p. 1001.
Allus. littér. Partir, c'est mourir un peu.
Dans une formule de serment, de défi.(1538). || Plutôt mourir ! || Que je meure, si…(1632). Vieilli. (Par ellipse de que). || Je meure, si ce que je vous dis n'est pas vrai (Littré).Ou je meure… (→ Agrément, cit. 4). || Voilà toute la politique, ou je meure (→ Intrigue, cit. 7).Je veux mourir si… (→ Métaphysique, cit. 6).
35 Je meure, en vos discours si je puis rien comprendre !
Corneille, le Menteur, II, 3.
36 Il faut renoncer à tout cela, se dit-il, plutôt que de se laisser réduire à manger avec les domestiques. Mon père voudra m'y forcer; plutôt mourir.
Stendhal, le Rouge et le Noir, I, V.
Loc. fam. Plus… (et adj.), tu meurs ! : cela ne se peut pas, c'est impossible. || Plus paresseux, tu meurs ! || Plus bête que lui, tu meurs ! || Plus beau que moi, tu meurs ! (titre de film).
3 Fig. Éprouver une grande affliction. Souffrir. || Se sentir mourir mille fois (→ Exhaler, cit. 19). || « Vivre avec ce tourment, c'est mourir à toute heure » (→ Gêne, cit. 3). — ☑ Loc. (XVIIe). Il le fait mourir à petit feu, souffrir cruellement et longuement.
37 Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends.
Racine, Andromaque, III, 7.
38 (…) je voulais bien mourir;
Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes.
La Fontaine, Fables, III, 14.
(1549). Spécialt. || Faire mourir : impatienter (= faire mourir d'impatience). || Allons, expliquez-vous, vous nous faites mourir !
(1654). … à mourir : au point d'éprouver une souffrance, une grande fatigue… || Lasse à mourir (→ Fadeur, cit. 2). || S'ennuyer à mourir.
Mourir de… : être extrêmement, violemment affecté par…; souffrir de… || Mourir de chagrin (→ Attente, cit. 12; croire, cit. 31), de douleur, de tristesse (→ Marotte, cit. 3). || Mourir d'ennui (cit. 16), de nostalgie. || Mourir de frayeur (→ Aspect, cit. 2), de peur (→ Conte, cit. 1). || Mourir de honte (cit. 28).
39 La duchesse de Bouillon alla demander à la Voisin un peu de poison pour faire mourir un vieux mari qu'elle avait qui la faisait mourir d'ennui (…)
Mme de Sévigné, 777, 31 janv. 1680.
Mourir d'envie (cit. 19 et 20) de…(XIIe). || Mourir de faim (cit. 10) : avoir grand-faim; n'avoir rien à manger; manquer du nécessaire ( Meurt-de-faim). || Mourir de soif (→ Fatiguer, cit. 24). || « Je meurs de soif auprès de la fontaine… » (→ Lointain, cit. 1).Mourir de chaleur (→ Gracieux, cit. 3), de chaud, de froid…
40 Je meurs de froid au plus chaud de l'été,
Et de chaleur au cœur de la froidure.
Ronsard, Premier livre des Amours, « Amours de Cassandre », CLXXIV.
40.1 Mais puisque tu ne veux pas profiter des secours que je t'offre, arrange-toi comme il te plaira; tu me dois, demain de l'argent, ou la prison. — Madame ayez pitié… — Oui, oui, pitié; on meurt de faim avec la pitié.
Sade, Justine…, t. I, p. 24-25.
(1671). Mourir de rire (→ Amuser, cit. 16). Crever.
(1655). Spécialt. Mourir d'amour (→ Cesse, cit. 6; falloir, cit. 8). || « Vos beaux yeux me font (cit. 179) mourir d'amour ». || Mourir de plaisir.Absolt. || Des caresses qui font mourir (→ Baiser, cit. 14).
41 Et la diabolique journée
Où tu pensas faire mourir,
Ô ma perle d'Andalousie,
Ton vieux mari de jalousie,
Et ton jeune amant de plaisir !
A. de Musset, Premières poésies, « À Juana ».
Absolt. (Dans le langage précieux).
42 Ah ! que voilà un air qui est passionné ! Est-ce qu'on n'en meurt point ?
Molière, les Précieuses ridicules, 9.
(1653). Poét. ou relig. || Mourir à… : se séparer définitivement de… (en parlant d'une habitude, d'un mode de vie). Renoncer. || Faire mourir l'homme à ses sens (→ Évangile, cit. 3). || Mourir à la vie du corps (→ Ascète, cit. 3).Mourir au monde. || Mourir à ce qu'on aime (→ 1. Partir, cit. 7, Haraucourt).
43 Il est pénible de voir une jeune fille mourir volontairement au monde. Le couvent effraye tout ce qui n'y entre pas.
France, le Jardin d'Épicure, p. 119.
4 a (1580; sujet n. de chose). Cesser d'exister, d'être… (avec une idée d'évolution lente, progressive). || Civilisation, pays… qui meurt. Anéantir (s'). || Style qui meurt (→ Gothique, cit. 13). || Le jour où les langues se fixent (cit. 16), c'est qu'elles meurent.
44 (…) le sort des empires est entre les mains de Dieu : ils meurent en leur temps, comme le reste des choses humaines (…)
Bossuet, Méditations sur l'Évangile, Dern. sem. du Sauveur, LXXXI.
45 Ma vocation est définitivement pour l'hôpital où gît la vieille société. Elle fait semblant de vivre et n'en est pas moins à l'agonie. Quand elle sera expirée, elle se décomposera afin de se reproduire sous des formes nouvelles mais il faut d'abord qu'elle succombe; la première nécessité pour les peuples, comme pour les hommes, est de mourir (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. II, p. 391.
b (Fin XVIe). Cesser de brûler, de flamber. || Le feu (cit. 13), la flamme meurt. Éteindre (s'). || Clarté qui meurt (→ Atténuer, cit. 1). || Le jour meurt. Effacer (s'). || Couleurs (→ Arroseur, cit. 1), reflets qui naissent et meurent. || Fusée (cit. 3) qui meurt.
c Cesser de se faire entendre. || Bruit (cit. 14), son, voix qui meurt. Affaiblir (s'), diminuer, évanouir (s'). || Faire mourir la conversation (→ Expression, cit. 2).
46 Il avait une manière à lui de prononcer ce mot Amie, en laissant l'e final mourir au bord des lèvres, comme un baiser.
Martin du Gard, les Thibault, t. I, p. 122.
d Cesser d'être perceptible. || Houle (cit. 3), vague qui meurt, vient mourir (→ Assoupir, cit. 26; et aussi 1. marin, cit. 3).
47 Du col rabattu descendaient, de chaque côté, cinq petits plis mourant sur les seins.
Aragon, les Beaux Quartiers, II, XIX.
e (En parlant du temps). || Le jour d'hier (cit. 1) meurt en celui d'aujourd'hui.
f (Mil. XVIe; choses abstraites, sentiments…). Cesser, éteindre (s'), finir… || L'amour meurt (→ Altérer, cit. 10; dégoût, cit. 15; force, cit. 33). || Ma haine va mourir (→ Immortel, cit. 12). || Attention (cit. 9) qui meurt. || Imagination qui languit (cit. 4) et meurt. || Sentir mourir en soi le sentiment du vrai (→ Fiction, cit. 8). || « Les envieux mourront mais non jamais (cit. 30) l'envie ».Le passé ne meurt pas pour l'homme (→ Garder, cit. 57).
——————
se mourir v. pron.
ÉTYM. (fin IXe).
Être sur le point de mourir. (« Il ne se dit guère qu'au présent et à l'imparfait de l'indicatif », Académie). || Se mourir de méningite (cit.).Par exagér. || Je me meurs : je me sens très mal, je souffre (→ Frisson, cit. 15; et aussi étoile, cit. 12, Hugo). || Se mourir d'ennui (cit. 10).
48 Je sens que je me meurs. Approchez-vous, mon fils.
Racine, Mithridate, V, 5.
49 On n'en peut plus. — On pâme. — On se meurt de plaisir.
Molière, les Femmes savantes, III, 2.
(Choses). Par métaphore. || « La Beauce se mourait d'épuisement » (→ Grenier, cit. 2).
(Avec la même valeur que mourir, 4.; plus littér.). || La flamme se meurt. || Un son qui se mourait. || La soirée se mourait. || « Le soleil se mourait jaunâtre à l'horizon » (→ 1. Fumer, cit. 8).
50 Au dehors, le soleil se mourait sur les branches hautes des acacias.
Zola, l'Assommoir, t. I, III, p. 108.
Allus. littér. || Madame se meurt, Madame est morte (→ Désastreux, cit. 1).
——————
mort, morte p. p. adj. 2. Mort.
CONTR. Vivre. — Naître. — Bourgeonner, éclore. — Continuer, durer. — Renaître, reprendre…
DÉR. Mourant, moureur, mouroir. — V. 2. Mort.
COMP. Meurt-de-faim, meurt-de-soif.
HOM. V. Mouron.
————————
2. mourir [muʀiʀ] n. m.
ÉTYM. Fin XIe; → 1. Mourir.
Littér. || Le mourir : le fait de mourir. 1. Mort. || Le vivre et le mourir (→ Indifférent, cit. 4; infinitif, cit. 1).
0 Tandis que nous étions occupés du vivre et du mourir vulgaires, la marche gigantesque du monde s'accomplissait (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. II, p. 238.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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